La rafle des notables anne sinclair

Par Stanislas de Poucques - 19 novembre 2020

Dans « 21, rue La Boétie » Anne Sinclair racontait son grand-père maternel, Paul Rosenberg, l’illustre marchand d’art des modernes. Si ce dernier qui exposa Picasso, Léger, Matisse ou Braque, n’est plus à présenter, ce n’est pas le cas de son autre grand-père, Léonce Schwartz. C’est donc cette fois du côté de l’histoire familiale paternelle que se plonge l’auteure dans son dernier essai « La rafle des notables ».

Le 12 décembre 1941, une rafle orchestrée par les allemands va mener à la déportation de 743 notables juifs vers le camp de Royallieu-Compiègne, à 70 km de Paris. Ces juifs français, assimilés depuis des générations, sont des hauts fonctionnaires, chefs d’entreprises, intellectuels, militaires, magistrats ou écrivains issus de la bourgeoisie qui ne s’imaginent pas un instant devenir des victimes. Léonce Schwartz, grand-père paternel d’Anne Sinclair fait partie des tristes élus.

Enfermés dans le camp de Compiègne ou « camp de la mort lente », ces « juifs influents » sont rejoints par 300 juifs étrangers venus principalement d’Europe centrale et plus familiers des persécutions, afin d’atteindre le quota de 1000 prisonniers requis par les autorités allemandes. Quelques mois plus tard, le 27 mars 1942, c’est de Compiègne que partira le premier convoi de déportés juifs de France vers Auschwitz.

«  Cette histoire me hante depuis l’enfance… » C’est sur ces mots que s’ouvre le récit très personnel d’Anne Sinclair. On le ressent dès les premières lignes, le poids de l’histoire familiale, le regret de ne pas avoir posé plus de questions, hante ses pages. 

Le point de départ de l’enquête est la légende familiale, celle qui raconte que la grand-mère aurait sauvé in extrémis de la déportation son mari grâce à un acte de bravoure prodigieux. Il n’en est bien sûr rien, l’implacable machine nazi ne laissant jamais de place au hasard. 

Au fil du récit, l’investigation pour retracer le parcours de Léonce donne lieu à la découverte du camp de Royallieu-Compiègne, bien connu des spécialistes, moins du grand public. On y découvre un chapitre méconnu de l’histoire, « la rafle des notables » et un camp de concentration dans lequel une vie culturelle intense s’est organisée. Au sein même de l’enfer, des conférences sur des sujets aussi variés que l’art, l’agriculture ou les sciences ont régulièrement eu lieu. Et ce pour éviter à chacun de sombrer dans la folie, pour tenter d’oublier son sort. C’est toute la force de l’intellect humain et de la culture qui luttent au plus profond de l’horreur qui nous est ici révélé.

Si Anne Sinclair avait initialement pour intention de nous faire partager une enquête familiale et personnelle, c’est finalement une histoire collective qu’elle met en lumière. Léonce Schwartz y est une ombre traversant le récit et la petite histoire devient l’occasion de dire la grande. Avec son écriture élégante et naturelle, une impeccable rigueur journalistique et une grande sensibilité, ce court essai est un véritable travail de mémoire, un hommage aux disparus.

Parution le 18  mars 2020
128 pages

Retrouvez ce roman sur le site de l’éditeur Grasset

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