Où est votre stylo ? Tom Wolfe

Par Didier Debroux - 22 octobre 2016

Tom Wolfe, le dandy assumé, le chroniqueur à l’éternel costume blanc dont la plume demeure sans cesse affutée. Il aime à promener sa sillhouette fine, élancée, chapeautée, dans les rues de ce NY qu’il aime autant qu’il ne le critique. Hissé au rang d’auteur mythique dans les heighties avec Le bûcher des vanités, ensuite L’étoffe des Héros, ou encore Moi, Charlotte Simmons… Autant de romans qui font de lui, l’un des écrivains les plus influents de la littérature contemporaine made in USA. L’homme ne cesse de croquer les travers de cette société américaine aussi ambigüe, puribonde, exentrique et conservatrice que libérale.  

C’est dans les années 60 qu’il se fait connaître aux côtés de Norman Mailer, Truman Capote et Hunter S. Thompson, comme pionnier d’un mouvement radicalement novateur. Le Nouveau journalisme est né! et se caractérise par la liberté du style, de ton. Des articles longs, proches du reportage, très écrits et dans lesquels les auteurs se mettent en scène. Ce « New Style » coïncide avec l’explosion du rock et l’affirmation de la jeunesse triomphante, phénomènes dont Tom Wolfe fut, à sa manière, le grand témoin. Chroniqueur à la plume vénéneuse mais évitant toute vulgarité, utilisant son stylo à la fois comme micro et comme caméra, il est allé à la rencontre des figures les plus emblématiques de son temps. De New York à Londres en passant par Los Angeles, de Cassius Clay, Cary Grant, Natalie Wood aux Beatles, aux Rolling Stones, de Phil Spector à Hugh Hefner, il nous invite dans l’intimité des stars et de quelques géniaux exentriques.

La galerie de portraits que dessine Wolfe est toutefois bien plus qu’un simple catalogue de personnalités. Ou est votre stylo ? se révèle une fascinante descente dans l’univers effervescent de l’underground d’alors que l’anticonformiste dissèque avec empathie sincère, ironie critique. Sixties, un monde est en train de naître et de s’inventer, Wolfe en est l’observateur privilégié, un monde flamboyant et délirant dont il explore la syntaxe et la psyché, auquel il donne ses lettres de noblesse.

De son encore noire, il tente d’exprimer le chaos de la vie, de la société, avec l’espoir de créer la stupéfaction, le choc. Ce sont ces portraits et quelques réflexions qu’il exhume dans ce recueil percutant, acide, drôle, effarant. Un régal d’intelligence, de cynisme, de clairvoyance. Indispensable!

Traducteur Bernard COHEN
Parution le 6 octobre 2016
432 pages

Retrouvez ce roman sur le site de l’éditeur Robert Laffont

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